Pour partie investis en actions, les produits d’épargne retraite sont forcément malmenés par la chute des marchés boursiers. Mais, pour l’instant, personne n’en parle. Inquiétant.

Guillaume Prache
expert financier auprès de la Commission européenne
« Seul expert financier français représentant les épargnants auprès de la Commission européenne, ce magistrat à la Cour des comptes en disponibilité est aussi président de l’ARCAF (Association nationale des adhérents des régimes de retraite complémentaire de la fonction publique). Il est depuis plusieurs années la bête noire des organismes d’épargne retraite à destination des fonctionnaires. Non sans arguments, comme en témoigne son livre publié à l’été 2008, « Les scandales de l’épargne retraite » (Bourin éditeur). Site Internet : www.epargneretraite.org »
Quel est l’impact de la crise financière sur votre épargne retraite ? Le silence des promoteurs de ces produits sur ce sujet crucial est assourdissant ! Pourtant, l’information, y compris publicitaire, sur les produits de placement « doit être exacte et s'abstenir en particulier de mettre l'accent sur les avantages potentiels d'un service d'investissement ou d'un instrument financier sans indiquer aussi, correctement et de façon bien visible, les risques éventuels correspondants… Elle ne doit ni travestir, ni minimiser, ni occulter certains éléments, déclarations ou avertissements importants ». Dixit la directive européenne sur les marchés d’instruments financiers.
Mais, jusqu’à présent, ces dispositions ne s’appliquent pas à l’épargne retraite (ni à l’assurance vie en général). En France, on ne désigne par « épargne retraite » stricto sensu que les produits uniquement destinés à la retraite. En clair, il s’agit des produits dits « tunnel » dont il est impossible ou très difficile de sortir avant l’âge de la retraite : ce sont les Perp (plans d’épargne retraite populaire), les Perco (plans d’épargne retraite collectifs), les contrats Madelin, Préfon, Corem (ex-Cref), etc. De plus, on ne peut sortir son argent de la plupart d’entre eux que sous forme de rentes périodiques, pas sous forme d’un capital.
Pourtant, ces produits n’étaient déjà pas exempts de risques, même avant la crise financière. Ainsi, l’allongement de l’espérance de vie et les nouvelles tables de mortalité applicables à partir de 2008 ont, et auront, un impact négatif sur les produits d’épargne retraite. Or, il est bien difficile et même souvent impossible de savoir combien. Il faut ainsi aller chercher en page 28 du dernier rapport annuel du Corem (300 000 adhérents) pour découvrir que l’adoption de ces tables impliquera des provisions supplémentaires de 338 millions d’euros. Pour un régime qui était déjà insuffisamment provisionné, ça pèse très lourd. L’impact sur l’évolution des rentes des adhérents n’est pas évoqué. Quant à son vieux compère Préfon (350 000 adhérents), il ne donne, lui, pas le moindre chiffre sur ce sujet.
Et la crise financière de 2008 ? Les marchés actions européens ont dévissé d’environ 45 % depuis le début de l’année. La majeure partie des portefeuilles d’épargne retraite (à l’exception de ceux des Perco) est investie dans des fonds assurantiels : ils sont totalement muets sur leur exposition à cet effondrement des marchés. Pourtant, fin 2007, le portefeuille actions de Préfon représentait 25 % du total et plus de 2 milliards d’euros ; celui de l’ex-Cref (aujourd’hui Corem et « R1 ») 13 % du total et 900 millions d’euros. En supposant que la performance des placements actions de ces deux régimes ait été équivalente à celle du marché et que ces placements n’aient pas été significativement modifiés au cours de 2008, la perte de valeur à la mi-novembre serait supérieure à 1,4 milliard d’euros rien que pour ces deux régimes. Les Perp « en points » et les fonds en euros des autres Perp et contrats d’assurance vie ont aussi souvent des actions en portefeuille, quoique en général dans une moindre proportion. Mais là aussi silence radio… Silence lourd de signification ?
Qu’attendent les promoteurs pour remplir leur « devoir d’information et de conseil » ? Et pour informer au plus vite leurs adhérents de l’impact de la crise financière sur leur épargne retraite et des mesures qu’ils ont prises ou comptent prendre à cet égard ?
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Avec des taux supérieurs à 4,50% net, ils sont d’excellente facture. Suivez la mise à jour quotidienne de notre tableau. 8 réactions
Dernière opinion transmise par Solomon,
le 26/12/2008 18:26:00
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Monsieur Rouquette a le mérite d'indiquer qu'il est payé par l'UMR qui gère le Corem, héritier du Cref de sinistre mémoire. Il se garde pourtant bien de confirmer ou d'infirmer les estimations faites par M. Prache. Et il oublie de préciser que le Corem est contraint dans ses placements par un plan de redressement imposé par l'Autorité de contrôle, et que les adhérents du Corem perdent chaque année davantage de pouvoir d'achat.
Monsieur Prache vantait les mérites du PERP de la réforme Fillon, on peut se reporter au site de l'ARCAF qu'il préside. Alors ne faut-il pas admettre que ce fut une grossière erreur ?
La lecture de cet article nous rend dubitatif quant aux capacités d’analyse réclamées par Guillaume Prache. Monsieur Prache doit savoir que les passifs de ces régimes de retraite sont calculés sur le très long terme (c'est-à-dire au moment des sorties en rente de chaque bénéficiaire). Les allocations d’actifs de nos régimes permettent effectivement une construction appuyée, pour partie, sur des poches actions pour lesquelles la volatilité est plus forte. Ces poches servent, le cas échéant, à réaliser de la performance, en termes de plus values arbitrées, qui sera redistribuée aux bénéficiaires des régimes de retraite. Dans ces conditions, une crise financière systémique, comme celle que nous vivons, entraîne inévitablement une baisse de la valeur de marché de ces actifs sans pour autant, que la sécurité de ces régimes ne soit menacée. En effet, la logique qui guide la gestion de ces actifs dédiés à l’épargne retraite ne prévoit aucune cession de ces actifs lorsque leur valeur est dépréciée. Les gestionnaires des régimes de retraite disposent, grâce aux autres poches d’actifs (notamment immobilier et/ produits de taux), de liquidités largement suffisantes pour payer les rentes dues. Par ailleurs, je souhaite rappeler que Monsieur Prache s’étonnait, à plusieurs reprises et dans son ouvrage récent, de la faible significativité de la poche actions de l’allocation stratégique des actifs du Corem : « Ainsi par exemple, pour la seule année 2005, le Corem affiche un rendement financier de 10%, ce qui est tout à fait honorable avec seulement 15% d’actions. Avec une allocation plus adéquate – par exemple du type de celle retenue par le Fonds de réserve pour les retraite…, soit 60% en actions, le rendement financier aurait pu atteindre 17%... ». Il est heureux, pour le service régulier des rentes des presque 300 000 sociétaires Corem, que ces conseils n’aient pas trouvé d’oreilles attentives! Romain Rouquette Secrétaire général Union Mutualiste Retraite
J'ai demandé à ma banque une évaluation de rente de mon PERP à 60 ans. réponse: rente annuelle égale à la valeur du capital estimé à 60 ans divisée par 34 ! On ne parle plus d'intéret et ceci avant la crise Qu'en sera t-il aprés?